Canada: Quebec au temps des sucres

Mon retour en Belgique pour les fêtes et à l`hiver a été très difficile. N`ayant plus vécu d`hivers depuis 4 ans, passer de 35 C (à Perth) à 0 C fut un vrai défi ! Mais ce ne fut qu`une étape car je me prépare pour les -20 C du Canada en février ! Et oui j`ai mon pvt pour le Canada (le dernier pvt auquel j`ai droit ☹) et je compte bien en profiter pour voyager sur le continent nord-américain !

Mais par où commencer ? J`hésite beaucoup entre Vancouver, Toronto, Montréal et Québec, mais c`est Québec qui m`attire le plus. Je préfère les petites villes et j`ai envie d`apprendre un tas de choses de la culture québécoise. Je ne sais pas si c`était le meilleur choix car finalement la ville est morte en hiver. J`aurai peut-être préféré Montréal où l`ambiance est vraiment top, la météo plus clémente et la ville pas si grande que ça.  Mais bon me voilà arrivée à Québec et je décide de faire du woofing (travail en échange de logement et nourriture) jusqu`à l`arrivée de Jean qui me rejoint dans 1 mois et demi. Malheureusement il n`a pas eu son pvt, je voyagerai donc plus que je ne travaillerai (mince alors 😉). Le woofing me permet au moins de ne pas (trop) dépenser.

Je poserai mes valises pour 1 mois à l`Auberge Amerik et y fais la rencontre du Lord Nico, le maitre du château ! A ma grande surprise, Nico est belge et un personnage haut en couleur. Je n`ai jamais eu d`accueil aussi génial durant mes voyages. Nico a craqué pour Québec il y a 4 ans et n`en n`est plus reparti. J`y fais aussi la rencontre de plusieurs voyageuses belges, françaises et allemandes qui travaillent là. J`y ai passé un excellent moment et j`en ai profité pour faire les activités hivernales qu`offrent le Canada comme les chiens de traineaux, les rando en raquettes et la visite de l`hôtel de glace.

Bon, ce n`est pas là que j` ai appris beaucoup de la culture québécoise ! Heureusement, mon amie Sindy de Trois-Rivières, que j`avais rencontrée en Nouvelle Zélande, m`invite chez elle et me fait découvrir pas mal de places près de chez elle. Elle m`a emmené à St Elie de Caxton, son village d`enfance, au parc de la Mauricie, à Shawinigan et son célèbre « trou du diable ». J`ai complètement capoté, j`ai adoré !

Je commence tout doucement à comprendre le vocabulaire québécois. Certains mots ou expressions me font bien rire. En voici quelques-unes : Au Mc Do, tu commandes un Joyeux Festin et non un Happy Meal. Le soir, tu chauffes ton char dans la noirceur (tu conduis ta voiture dans le noir). Les chaudrons sont des casseroles et les chaudières des seaux. Les roulottes à patates sont l`équivalent de nos baraques à frites…

Et il faut que je m`entraine car j`ai trouvé un job en woofing dans une érablière à l`ancienne pour la saison des sucres et il n`y aura pas plus québécois local que là où je vais. Pour information, la « saison des sucres » ou « temps des sucres » est la période durant laquelle l`eau des érables coulent et le sirop d`érable est produit dans les « cabanes à sucres ». Cela dure de fin mars à fin avril, c`est le pré-printemps comme ils disent ici, la saison quand la neige fond. C`est une période très spéciale pour les québécois car c`est le moment où l`on se retrouve en famille dans une cabane à sucre d`un ami ou d`un membre de la famille pour aider à faire du sirop et surtout festoyer avec les produits de l`érable.

Dans les érablières modernes, les érables sont généralement entaillés et reliés avec des tubes en plastique qui amènent l`eau d`érable dans la cabane à sucre pour en faire du sirop. Mais il existe encore un tout petit nombre d`érablières qui fonctionnent à l`ancienne avec des chaudières (seaux) accrochées à chaque entaille des arbres. Le travail est donc plus fastidieux car il faut aller récolter chaque seau rempli d`eau d`érable pour les déverser dans de grandes bassines qui acheminent cette eau vers la cabane à sucre. Le grand avantage de cette technique à l`ancienne c`est le gout ! Le sirop produit dans les érablières modernes a un petit gout de plastique à cause des tubes, contrairement aux érablières a l`ancienne.

Je suis donc accueillie chez les Huot à Château Richer qui possèdent 1800 érables entaillés. Adrien, le père de famille, est une véritable caricature du vieux bucheron québécois et Jacinthe, la mère de famille, une force de la nature dont sa générosité n`a d`égale que son franc parler quebecois. Jean m`y rejoint et notre travail consistera à aller courir les érables en raquette pour récolter l`eau d`érable, aider à chauffer le grand four pour la cuisson du sirop, faire des petits cornets en sucre (friandise très appréciée des québécois), puis à la fin de la saison détailler (retirer tout le matériel et nettoyer l`érablière). Ce fut sportif mais ne vous emballez pas j`ai quand-même un peu grossi car J`ADORE ce sirop d`érable qui n`a rien à voir avec ce que l`on peut trouver en Europe.

Nous sommes début mai, il y a encore un peu de neige ici (euh oui l`hiver est treeees long), c`est la fin de la saison et nous nous préparons à partir pour une nouvelle aventure : traverser le Canada d`Est en Ouest via la Transcanadienne. J`ai acheté une Dodge Caravan d`occasion que l`on a baptisé « Jo » (car c`était un ancien taxi 😉) et nous l`avons aménagé pour dormir dedans.  A nous l`Ouest ! Nous espérons revenir au Québec quand la météo sera meilleure.